La solifluxion et les processus associés
1. Définition et caractéristiques générales
Définition
La solifluxion est un mouvement lent affectant la partie superficielle des versants, généralement sur une épaisseur d'épaisseur décimétrique à métrique. Contrairement à la reptation, qui correspond à un déplacement grain à grain sur un versant meuble de nature particulaire, la solifluxion se manifeste par le glissement d’un panneau entier de matériaux déformables et plastiques reposant sur une couche plus ferme.
Exemple d'un versant soliflué.
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Signes distinctifs sur le terrain :
- À l’amont : présence de déchirures visibles. Concavité du terrain vers le ciel.
- Sur le panneau soliflué : surface chaotique, bourrelets et micro-reliefs.
- À l’aval : formation d’un bourrelet chevauchant la zone restée en place. Convexité du terrain vers le ciel.
- Coulées en forme de lobes ou de langues.
Coupe d'une loupe de solifluxion
La solifluxion est un phénomène cyclique et saisonnier avec des périodes d'activité et de repos.
Lorsque la solifluxion s'opère, la vitesse reste modeste (de l’ordre du mètre par heure ou moins) et l’amplitude des déplacements varie du centimètre au décamètre.
2. Conditions favorables à la solifluxion
La solifluxion se développe lorsqu’il existe une différence de comportement entre :
- la couche superficielle : déformable, plastique, souvent gorgée d’eau,
- le substrat sous-jacent : plus rigide, imperméable ou gelé.
Situations propices :
- Versants altérés présentant une couverture plastique (marneux, argileux, crayeux…).
- Terrains saturés en eau après des épisodes pluvieux intenses.
- Environnements périglaciaires, où la fonte superficielle saisonnière produit une couche active instable (mollisol).
3. La gélifluxion : un cas particulier en milieu périglaciaire
- En contexte périglaciaire, on distingue la gélifluxion, qui correspond à la solifluxion d’un mollisol (couche superficielle dégelée et gorgée d’eau) reposant sur l'horizon resté gelé du pergélisol.
- Ce processus entraîne la mise en mouvement de coulées boueuses lentes sur pente faible.
- Dans les paysages français, la gélifluxion a été extrêmement active lors des périodes froides récentes (Quaternaire).
Versant géliflué en montagne
Exemple : le versant Nord du plateau de Gergovie (Massif central) présente une succession de dépôts soliflués qui modèlent les versants.
Sur cet extrait de la carte géologique de Clermont-Ferrand au 1:50 000, les flèches représentent les loupes de solifluxion.
Conséquences morphologiques :
- Relief bosselé des versants,
- Formation de bosses et de creux.
- Les coulées de solifluxion peuvent se superposer les unes sur les autres.
- Un talus ou une accumulation pierreuse peut se développer au front de la coulée.
Vue aérienne d'un versant géliflué dans les Alpes (Queyras)
Localisation versant géliflué dans les Alpes (Queyras)
Vue rapprochée d'une coulée de solifluxion avec son front pierreux
4. Variantes et phénomènes associés
Bloc laboureur (WanderBlock)
- Il s’agit du glissement lent d’un bloc de plusieurs m³ sur un terrain soliflué.
- Le mouvement de solifluxion est provoqué par la surcharge locale créé par la masse du bloc.
- Le bloc pousse un bourrelet de terre à son front, labourant le versant.
Un bloc laboureur (wander block).
Association reptation – solifluxion
Ces deux processus coexistent fréquemment, rendant leur distinction difficile dans l’évolution morphologique d’un versant.
Le fauchage
Déformation liée à la reptation/solifluxion : courbure des têtes de bancs rocheux.
Effets :
- modification locale du pendage des couches.
- génération possible de plis fictifs.
- Fréquent dans les versants schisteux.
- Problème pour le géologue : cela peut l'induire en erreur lors de l’analyse structurale.
Effets du fauchage sur la disposition des couches du sous-sol.
Ceci n'est pas un pli tectonique, mais simplement l'effet d'un fauchage, résultat du glissement lent et progressif de la surface d'un versant.
5. Importance géologique et géomorphologique
La solifluxion est un processus :
- répandu sur de nombreux types de versants,
- fondamental pour comprendre l’évolution des pentes,
- diagnostique en contexte périglaciaire ancien (indicateur paléoenvironnemental).
Elle contribue à :
- l’adoucissement progressif des versants,
- la mise en place de couches de colluvions,
- la genèse de morphologies caractéristiques (bosselures, bourrelets).
Points à retenir :
- La solifluxion est un glissement lent en masse (≠ reptation).
- Elle se développe dans des conditions d’humidité élevée ou en milieu périglaciaire.
- La gélifluxion en est une forme spécifique liée au pergélisol.
- Elle engendre des formes reconnaissables : bourrelets, bosses.
- Attention aux effets structuraux trompeurs comme le fauchage.