↑ Page supérieure

Déstabilisation de reliefs, d'érosion en terrain volcanique. Exemples pris dans le Massif Central français. Vidal Nathalie, De Goër De Hervé Alain, Camus Guy.

Synthèse

L'analyse des terrains volcaniques du Massif Central français révèle que les structures géologiques issues de l'activité volcanique, telles que les necks et les mesas, sont potentiellement instables et sujettes à des glissements et écroulements gravitaires. Ces formations, souvent en inversion de relief en raison de leur résistance à l'érosion, présentent des contacts francs (verticaux ou horizontaux) avec leur encaissant, ce qui constitue une faiblesse structurelle.

L'instabilité est considérablement accentuée par deux facteurs principaux : la présence d'un substratum ductile et saturé en eau (marnes, argiles, pyroclastites altérées) agissant comme une "couche-savon", et des phénomènes tectoniques, bien que ces derniers soient difficiles à identifier a posteriori.

Les événements de déstabilisation peuvent se manifester de deux manières principales :

  1. Glissement lent suivi d'un effondrement brutal et catastrophique, souvent lié à des contacts verticaux (parois de diatrèmes, emboîtement de coulées).
  2. Simple glissement en masse, favorisé par un substratum argileux, une altération intense des roches ou la présence d'un horizon phréatique sous une coulée.

Les avalanches de débris qui en résultent partagent des caractéristiques morphologiques et texturales avec celles produites lors d'événements éruptifs, notamment une surface bosselée à "hummocks" et des dépôts très brassés. Cependant, en raison de leur courte distance de transport et de l'absence de décompression majeure, elles n'évoluent généralement pas jusqu'au "faciès à matrice dominante". Les coefficients apparents de friction (H/L) sont néanmoins comparables à ceux des avalanches de débris syn-éruptives.

Enfin, une conclusion critique émerge pour la gestion des risques : certaines buttes volcaniques en Limagne, situées dans des zones urbanisées, reposent sur un substratum ductile et montrent des signes de glissements lents. Ces sites nécessitent une surveillance attentive, car ces mouvements lents pourraient évoluer instantanément en avalanches de débris catastrophiques.

Introduction au phénomène des avalanches de débris

Les avalanches de débris sont des événements courants en contexte volcanique, caractérisés par la déstabilisation brutale d'un large secteur d'un édifice. Le phénomène a été particulièrement mis en lumière par l'éruption du Mont Saint Helens en 1980. Ces événements résultent en un écoulement rapide, granulaire et inerte de matériaux.

Caractéristiques morphologiques et texturales :

Il est important de distinguer l'avalanche de débris (écoulement granulaire) de la coulée de débris, qui est un écoulement de sédiments et d'eau présentant une cohésion interne. L'incorporation progressive d'eau peut transformer une avalanche en coulée de débris.

Analyse de cas d'Étude dans le Massif Central

L'étude se concentre sur plusieurs exemples illustrant différents scénarios de déstabilisation post-éruptive.

1. Glissements avec effondrements initiaux (contacts verticaux)

Ces cas se caractérisent par une phase de glissement lent suivie d'un effondrement brutal, facilité par une faiblesse structurelle verticale.

Pardines (Limagne d'Issoire)

Le 22 juin 1733, le village de Pardines fut enseveli par un glissement de terrain. L'événement fut précédé par une phase préparatoire de 20 ans, marquée par des lézardes dans les maisons et un affaissement du sol.

La Dent du Marais (Monts Dore)

Cet effondrement, daté à 2600 ans BP, a créé l'actuel lac Chambon.

Châteaugay-Pompignat (Limagne de Clermont)

2. Glissements Simples

Ces mouvements sont principalement favorisés par la nature du substratum ou des matériaux volcaniques eux-mêmes.

Murol (Monts Dore) - Pente Faible

Montfoulhoux (Limagne) - Pente Forte

Montagne de la Plate (Monts Dore) - Matériaux Volcaniques Argilisés

3. Rôle des contacts horizontaux et des aquifères

Gergovie - Puy d'Aubière (près de Clermont-Ferrand)

Ce cas représente le plus important glissement de la Limagne, affectant tout le versant nord du plateau de Gergovie.

Vue LIDAR

Interprétation Vidal et al.

Légende

Analyse quantitative et caractéristiques des dépôts

Coefficient apparent de friction (H/L)

La mobilité des avalanches est évaluée par le coefficient apparent de friction H/L, où H est la dénivelée et L la distance parcourue.

SiteL (m)H (m)H/LLe (m)
Murol 950 70 0,074 837
Aubière 3950 320 0,081 3433
Châteaugay 1375 130 0,095 1165
Dent du Marais 1625 185 0,114 1326
Pardines 1300 173 0,13 1326
paléo-Plate 3300 470 0,142 2541
Montfoulhoux 600 150 0,25 358
néo-Plate 1500 410 0,27 838
Le (trajet excessif) = L - H/0,62

Différences clés avec les avalanches syn-éruptives

Malgré les similitudes morphologiques, une différence fondamentale existe. Lors de l'écroulement de grands strato-volcans, les roches profondes subissent une décompression brutale. Elles s'expansent, se fracturent "en puzzle" et "foisonnent", ce qui mène à une homogénéisation du dépôt et à la formation du "faciès à matrice dominante".

Dans les cas étudiés ici, la tranche de terrains affectée est faible. Ce phénomène de décompression-foisonnement ne se produit pas. Les blocs sont peu disloqués et la matrice est principalement constituée des formations sous-jacentes altérées qui sont progressivement incorporées, et non de la fragmentation des blocs volcaniques eux-mêmes.

Conclusions et implications

L'étude des glissements de terrain en contexte volcanique post-éruptif dans le Massif Central mène à plusieurs conclusions importantes :

  1. Mécanisme Principal : la nature ductile et argileuse du substratum (marnes, argiles, matériaux altérés) est le facteur déterminant, fournissant un niveau de décollement pour les glissements.
  2. Deux Types de processus : on observe soit un glissement banal qui incorpore progressivement des matériaux rigides, soit une initialisation par un glissement lent qui évolue en effondrement catastrophique.
  3. Remise en cause d'idées reçues :
    • La prédisposition des versants exposés au nord n'est pas une règle climatique générale mais est liée, dans la région clermontoise, à des raisons structurales (pendage général des terrains oligocènes vers le nord).
    • La période finiglaciaire n'a pas été la seule époque privilégiée pour ces événements. La fréquence des glissements à l'Holocène et à l'époque actuelle montre que le risque est permanent et ne doit pas être minimisé.
  4. Risques actuels : de nombreuses buttes dans les zones urbanisées de la Limagne présentent une morphologie très bosselée, témoignant de glissements lents passés ou actifs. Ces secteurs présentent un risque non négligeable d'évolution catastrophique et requièrent une surveillance pour se prémunir contre les dangers encourus.