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Les grandes séries magmatiques

Les séries dans un diagramme de Harker

1. Une origine commune : le manteau

La plupart des magmas silicatés dérivent de la fusion partielle d’une péridotite mantellique.

Les compositions initiales des liquides basaltiques primitifs sont relativement proches ; la grande diversité observée dans les roches volcaniques et plutoniques ne provient donc pas principalement de compositions mantelliques radicalement différentes, mais de conditions de fusion et d’évolution distinctes.

> Les séries magmatiques correspondent ainsi à des trajectoires évolutives, et non à des types de roches figés.

Sur les magmas alcalins et subalcalins

Dans la classification chimique moderne (TAS, Irvine & Baragar, 1971) :

Subalcalin désigne l’ensemble des magmas pauvres en alcalins (Na₂O + K₂O) par rapport à SiO₂.

Le champ subalcalin se subdivise en deux lignées :

  1. lignée tholéiitique
  2. lignée calco-alcaline

Schématiquement :

> Subalcalin = tholéiitique + calco-alcalin

2. D’où vient cette distinction ?

Étape 1 — TAS

Le diagramme TAS sépare :

À ce stade, tholéiitique et calco-alcalin ne sont pas encore distingués.

Étape 2 — discrimination interne au subalcalin

La séparation tholéiitique / calco-alcaline se fait avec :

C’est une distinction évolutive, pas simplement compositionnelle.

2. Les paramètres fondamentaux qui contrôlent les séries magmatiques

2.1. Le degré de fusion partielle

Le taux de fusion partielle contrôle la proportion d’éléments transférés du manteau vers le liquide :

Faible taux de fusion (≈ 1–5 %)

Taux de fusion plus élevé (≈ 10–25 % et +)

Ce paramètre explique efficacement l’opposition alcalin / subalcalin, mais ne suffit pas à rendre compte de la distinction tholéiitique / calco-alcaline.

2.2. La teneur en eau (H₂O) : le paramètre clé

La présence d’eau dans le magma joue un rôle déterminant :

Magmas secs

=> Série tholéiitique

Magmas hydratés

=> Série calco-alcaline

> La différence fondamentale entre séries tholéiitiques et calco-alcalines est avant tout une différence d’hydratation du magma.

La différence entre séries tholéiitique et calco-alcaline ne tient pas à une richesse intrinsèque en alcalins, mais au comportement contrasté du fer au cours de la cristallisation.

2.3. L’état d’oxydation (fO₂)

L’état d’oxydation contrôle le comportement du fer :

fO₂ élevé

fO₂ plus faible

Dans les zones de subduction, les fluides libérés par la plaque plongeante favorisent des conditions oxydantes, renforçant le caractère calco-alcalin.

2.4. Pression et profondeur de stockage

La pression influence directement les phases stables :

Haute pression

À pression élevée (fusion plus profonde) :

Ici, le CaO du liquide augmente bien avec la pression, mais cela concerne le magma parental, pas le liquide résiduel de fractionnement par cristallisation fractionnée.

> La richesse en CaO des magmas alcalins primitifs vient d’abord de leur genèse profonde, pas de leur différenciation.

Pour ce qui concerne l'effet de la cristallisation fractionnée, il convient d'examiner si celle-ci se fait à basse ou à pression élevée.

Séquence de cristallisation à basse pression

Cas typique :

Séquence de cristallisation à pression plus élevée

Le clinopyroxène ne retire pas le Ca aussi efficacement que le plagioclase.

Résultat :

Le plagioclase est le vrai “aspirateur à calcium”.

Basse pression

La profondeur de stockage participe donc à la construction des séries et renseigne sur l’architecture des systèmes magmatiques.

2.5. La nature de la source mantellique

La composition du manteau source module l’amplitude des signatures :

Cependant, la source ne suffit pas à expliquer l’existence d’une série calco-alcaline : celle-ci nécessite des conditions hydratées et oxydantes.

3. Les grandes séries magmatiques, interprétées

3.1. Série tholéiitique

Série « thermique » ou « sèche »

Elle est caractéristique des dorsales océaniques, plateaux basaltiques et phases précoces de points chauds.

3.2. Série calco-alcaline

Série « contrôlée par les fluides »

Elle domine dans les arcs volcaniques de subduction et enregistre les interactions magma–fluides–croûte.

3.3. Série alcaline

Série « contrainte par la source et la pression »

Elle caractérise les contextes intraplaques, rifts et stades tardifs d’édifices océaniques.

4. Pourquoi parle-t-on de « séries » ?

Parce que les magmas suivent des trajectoires chimiques préférentielles, visibles sous forme d’alignements cohérents sur les diagrammes TAS, AFM ou de Harker.

Ces trajectoires reflètent des contraintes physiques réelles, et non une simple classification descriptive.

5. Message clé à retenir

> Une roche magmatique n’« appartient » pas naturellement à une série :

> elle s’inscrit dans une trajectoire évolutive imposée par l’eau, l’oxydation, la pression et l’histoire du magma dans un contexte géodynamique donné.

Les grandes séries magmatiques traduisent des réponses contrastées d’un magma mantellique aux conditions de fusion, d’hydratation, d’oxydation et de stockage, bien plus qu’elles ne reflètent des compositions initiales fondamentalement différentes du manteau.