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Les rhyolites du Mont-Dore

Les rhyolites du Mont-Dore

Les rhyolites du Mont-Dore : une anomalie apparente mais significative

Dans un édifice dominé par des séries alcalines, souvent sous-saturées en silice, l’existence de rhyolites peut surprendre. Pourtant, ces laves ne sont pas aberrantes : elles correspondent à des magmas très différenciés, issus de liquides alcalins ayant évolué jusqu’à dépasser le seuil de saturation en silice. La notice les qualifie à juste titre de « trachytes sursaturés », soulignant leur filiation avec les trachytes alcalins tout en mettant en évidence leur excès de SiO₂.

Cet excès de silice s’exprime de deux manières :

Dans les deux cas, il s’agit d’un stade ultime de différenciation, rarement atteint au Mont-Dore et surtout concentré dans le premier cycle volcanique, ce qui confère à ces roches une forte valeur chronologique et pétrogénétique.

Les comendites : des rhyolites alcalines à quartz

Les comendites constituent la forme la plus explicite de cette sursaturation. Ce sont des roches claires, riches en sanidine, contenant des phénocristaux d’augite et surtout 10 à 15 % de quartz dans la pâte. La présence de quartz atteste sans ambiguïté que le magma a franchi le seuil de saturation en silice, malgré une composition globalement alcaline.

Le fait que les comendites soient limitées au premier cycle de construction du Mont-Dore suggère un contexte magmatique particulier, probablement marqué par :

L’exemple du sill de Charlannes est remarquable. Le caractère intrusif a permis une cristallisation lente, révélant des enrichissements chimiques atypiques, notamment en manganèse. L’apparition d’une biotite très particulière, la montdorite, dont les sites tétraédriques sont entièrement occupés par le silicium, traduit une chimie extrême du liquide résiduel. Ce minéral, rare à l’échelle mondiale, souligne le caractère expérimental, presque « limite », de ces magmas dans l’évolution du Mont-Dore.

Les rhyolites sensu stricto : dômes, verre et explosions

Les rhyolites sensu stricto correspondent à des laves encore plus riches en silice, mais où celle-ci est principalement contenue dans le verre volcanique, faute d’avoir cristallisé sous forme de quartz. Leur expression morphologique est dominée par des dômes, édifices typiques de magmas très visqueux.

Le dôme de La Gâcherie, sur le flanc sud de la Banne d’Ordanche, en est un exemple spectaculaire. La disposition des plaquettes, redressées à la verticale au cœur du dôme puis progressivement inclinées vers l’extérieur, illustre parfaitement la dynamique d’extrusion lente et pâteuse d’un magma rhyolitique. Cette structure interne enregistre les contraintes mécaniques liées à la montée du magma et à son refroidissement progressif.

Le fait que l’édification du dôme ait été précédée par une nuée ardente est essentiel : il révèle une phase explosive initiale, liée au dégazage brutal d’un magma très riche en volatils. La brèche pyroclastique observée dans la carrière des Planches est le témoin direct de cette transition entre volcanisme explosif et extrusion effusive.

Les pyromérides : rhyolites vacuolaires et hydratées

Plus au nord-ouest, le dôme de Pédaire offre une variante texturale remarquable : la pyroméride, une rhyolite à grandes vacuoles. Ces cavités traduisent une exsolution intense des gaz, piégés lors du refroidissement rapide de la lave.

La rhyolite de Lusclade illustre quant à elle toute la gamme des transformations post-émission d’un verre rhyolitique. Sa pâte, initialement largement vitreuse, montre des degrés d’hydratation variables :

Cette évolution progressive témoigne de l’interaction entre le verre volcanique et les fluides, bien après la mise en place de la lave. La dévitrification en sphérolites composés de tridymite et d’anorthose illustre la lente réorganisation cristalline du verre, transformant une matière amorphe en agrégats minéraux fins.

Une clé pour comprendre l’histoire du Mont-Dore

Les rhyolites du Mont-Dore, bien que rares, jouent un rôle majeur dans la lecture de l’édifice. Elles montrent que, dès les premières phases, le système magmatique a été capable de produire des liquides extrêmement différenciés, atteignant et dépassant la saturation en silice. Elles témoignent aussi de conditions de stockage prolongées, d’une forte richesse en volatils et d’interactions complexes entre magma, gaz et croûte continentale.

En cela, elles constituent non pas une curiosité marginale, mais un jalon essentiel pour comprendre la diversité et la profondeur des processus magmatiques qui ont façonné le Mont-Dore.