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Les phonolites

Ce passage de la notice traite des phonolites, c’est-à-dire des termes les plus évolués et les plus alcalins du volcanisme du Mont-Dore. Derrière un vocabulaire technique parfois austère, il décrit en réalité l’aboutissement d’une longue histoire magmatique, commencée avec des basaltes alcalins mantelliques et achevée par des liquides très différenciés, riches en alcalins et pauvres en silice.

Les phonolites du Mont-Dore sont des roches leucocrates, donc claires, témoignant de la disparition progressive des minéraux ferromagnésiens au cours de la différenciation. Leur sous-saturation en silice est variable : elle est faible dans des édifices comme la Tuilière ou la Sanadoire, mais devient marquée au Trioulérou, où la chimie du magma est dominée par un excès d’alcalins incompatible avec la cristallisation de feldspaths seuls. Cette variabilité traduit des trajectoires d’évolution légèrement différentes à partir de magmas parents proches.

Sur le plan chronologique, ces phonolites s’inscrivent dans les phases moyenne et supérieure de construction du Mont-Dore, c’est-à-dire au moment où l’édifice volcanique est déjà bien installé et où les magmas stagnent suffisamment longtemps dans la croûte pour évoluer profondément. Leur rareté dans la phase terminale suggère que ces conditions de différenciation extrême deviennent ensuite moins favorables, soit par changement du régime tectonique, soit par renouvellement des apports mantelliques.

Deux familles de phonolites, deux signatures pétrologiques

La notice distingue deux grands types de phonolites, miaskitiques et agpaïtiques, une distinction classique en pétrologie alcaline mais rarement aussi clairement exprimée à l’échelle d’un massif volcanique continental.

Les phonolites miaskitiques représentent le type « classique ». Leur ordre de cristallisation est conforme aux règles habituelles de la pétrologie magmatique : les minéraux ferromagnésiens, en particulier les pyroxènes, cristallisent avant les feldspaths. Au Mont-Dore, ces roches sont peu sous-saturées en silice, ce qui explique qu’on les qualifie souvent de trachy-phonolites, à la frontière entre trachytes alcalins et phonolites véritables.

Elles se mettent en place sous forme de dômes ou de laccolites, structures caractéristiques de magmas très visqueux, riches en alcalins et pauvres en silice. L’exemple du dôme proche du Puy de Baladou est particulièrement parlant : la viscosité et la pression de l’extrusion ont été telles que le magma a arraché et transporté un lambeau du socle granitique, aujourd’hui visible en croissant à la périphérie du dôme. Cet épisode illustre de manière spectaculaire la capacité mécanique de ces magmas différenciés.

Phonolites ($\Phi^{1m}$) du Puy de Baladou.

Sur le plan pétrographique, les phonolites miaskitiques montrent une grande diversité de textures, depuis des roches très porphyriques, comme à la Roche Sanadoire, jusqu’à des faciès presque aphyriques, comme à la Tuilière. Cette variabilité reflète des histoires de refroidissement et de stockage magmatique contrastées.

La minéralogie de la phonolite de la Sanadoire est typique de ces termes évolués : des pyroxènes sodiques (augite aegyrinique), des amphiboles brunes, du sphène et des plagioclases sodiques dominent l’assemblage. La présence constante du zircon signale un magma très évolué, enrichi en éléments incompatibles. Les feldspathoïdes — haüyne-noséane, néphéline et analcime — traduisent une sous-saturation modérée, déjà suffisante pour empêcher la cristallisation de quartz.

Phonolites ($\Phi^{1m}$) sur la feuille de Bourg-Lastic

Les phonolites agpaïtiques : l’extrême de l’alcalinité

Les phonolites agpaïtiques représentent, au contraire, un cas beaucoup plus rare et spectaculaire. Elles correspondent à des magmas dont la chimie sort des équilibres « classiques ». Leur ordre de cristallisation est dit anormal, car les pyroxènes sodiques y cristallisent tardivement, une situation qui n’est possible que dans des liquides extrêmement riches en alcalins.

Le critère fondamental de ces roches est leur indice d’agpaïcité, qui traduit un excès d’alcalins par rapport à l’aluminium. Dans ces conditions, l’aluminium ne suffit plus à former des feldspaths avec tous les alcalins disponibles, ce qui ouvre la voie à la cristallisation de minéraux exotiques, souvent riches en zirconium et en terres rares. La disparition de la magnétite au profit de silico-zirconates comme la mosandrite ou l’eudialyte est l’un des marqueurs les plus frappants de cette chimie extrême, même si ces minéraux restent rares au Mont-Dore.

Il est significatif que seuls deux dômes relèvent de cette catégorie dans le massif : le Trioulérou et les Mortes du Guéry. Leur rareté souligne le caractère exceptionnel des conditions nécessaires à la genèse de tels magmas, impliquant à la fois une différenciation poussée, une forte concentration en alcalins et probablement un rôle majeur des fluides.

La phonolite du Trioulérou illustre bien ce stade ultime : la sanidine y domine largement, aussi bien en phénocristaux que dans la pâte, tandis que la néphéline cristallise en microcristaux bien formés. L’analcime apparaît tardivement, en plages interstitielles, marquant la fin de l’histoire magmatique et l’enrichissement final en alcalins et en volatils. La pauvreté en minéraux accessoires montre que l’essentiel de la chimie du magma est absorbé par quelques phases dominantes, saturées en alcalins.

Un aboutissement logique de l’évolution du Mont-Dore

Ces phonolites, qu’elles soient miaskitiques ou agpaïtiques, constituent l’aboutissement naturel de la série alcaline sous-saturée du Mont-Dore. Elles enregistrent à la fois la durée de stockage des magmas, leur enrichissement progressif en alcalins, et l’influence croissante des volatils. À travers elles, le Mont-Dore apparaît non pas comme un simple volcan basaltique évolué, mais comme un véritable laboratoire de la différenciation alcaline continentale, capable de produire des magmas parmi les plus complexes connus dans les provinces volcaniques intraplaques.