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Les doréites : des mugéarites « à la croisée des chemins »

Le terme de doréite, introduit par Alfred Lacroix à partir des roches de la cascade de la Dore, désigne au Mont-Dore des mugéarites appartenant à la série saturée en silice. Elles occupent une position clé dans l’évolution du volcanisme du massif, car elles enregistrent la transition entre des magmas alcalins relativement primitifs et des compositions plus évoluées proches des benmoréites. Leur diversité minéralogique traduit directement l’évolution des conditions de cristallisation et de différenciation au cours des différentes phases volcaniques du Mont-Dore.

Deux grands groupes de doréites sont distingués, correspondant à deux étapes distinctes de l’histoire volcanique et à deux états différents du liquide magmatique.

1. Les doréites sans sanidine : un magma encore « calco-alcalinisé »

Extrait de la carte géologique (feuille de Bourg-Lastic). Doréites de Laqueuille.

Le premier groupe rassemble des doréites qui possèdent des phénocristaux de pyroxène, d’amphibole et de plagioclase, mais sans sanidine. Ces roches appartiennent à la deuxième phase de construction du Mont-Dore, à un moment où les magmas sont déjà différenciés mais n’ont pas encore atteint un enrichissement alcalin suffisant pour stabiliser un feldspath potassique.

La doréite de Laqueuille en est le lithotype. Sa position stratigraphique, intercalée entre ankaramites et ordanchites, montre qu’elle correspond à un stade intermédiaire de différenciation. Le magma est déjà riche en calcium et en fer, ce qui explique la cristallisation précoce de salite et de kaersutite, tandis que le plagioclase calcique (bytownite à labrador) cristallise également en abondance.

Dans la pâte, l’apparition d’anorthose interstitielle est un élément important : elle indique que le liquide résiduel est devenu suffisamment alcalin et sodique pour cristalliser un feldspath alcalin tardif, mais pas encore sous forme de sanidine bien individualisée. La structure latitique, avec des gaines d’anorthose autour des phénocristaux de plagioclase, traduit une cristallisation tardive dans un liquide interstitiel riche en alcalins, mais encore globalement saturé en silice.

Ces doréites correspondent donc à un magma saturé, hydraté, relativement riche en Ca, où la différenciation progresse sans basculer dans un régime franchement alcalin potassique.

2. Les doréites à sanidine : un magma alcalin évolué

Extrait de la carte géologique (feuille de Bourg-Lastic). Les doréites (D) sont représentées en orange.

Le second groupe correspond à des doréites dans lesquelles la sanidine cristallise en phénocristaux, parfois de grande taille. Ces roches appartiennent toutes à la troisième phase de construction du Mont-Dore, caractérisée par une activité volcanique plus évoluée et par le remplissage de la fosse volcano-tectonique de la Haute-Dordogne.

La présence de sanidine marque un changement fondamental dans la chimie du magma : le liquide est désormais plus riche en alcalins, en particulier en potassium, et a atteint un stade de différenciation avancé. À l’intérieur de ce groupe, on observe une véritable séquence évolutive, depuis des doréites encore proches du pôle mugéarite jusqu’à des compositions transitionnelles vers les benmoréites.

a) Doréites à olivine et pyroxène : la mémoire du magma parental

Les doréites du type Do conservent des phénocristaux d’olivine associés à la salite, à des plagioclases plus sodiques (andésine, oligoclase) et à des cristaux globuleux de sanidine. La coexistence de l’olivine et de la sanidine est remarquable : elle traduit un magma encore relativement primitif, mais déjà suffisamment alcalin pour stabiliser un feldspath potassique.

La présence constante d’apatite témoigne d’un magma riche en volatils, tandis que les plages interstitielles d’anorthose et la biotite tardive dans la pâte indiquent une différenciation prolongée du liquide résiduel. Les variantes Do-a et Do-b illustrent l’influence croissante de l’eau et du potassium, avec la cristallisation respectivement de kaersutite ou de biotite comme phases majeures.

b) Doréites à amphibole stable : un magma hydraté

Dans les doréites Do-a, l’amphibole est abondante, bien cristallisée et non déstabilisée. Cela indique que le magma a conservé une forte teneur en eau jusqu’à des niveaux superficiels. L’anorthose devient plus abondante dans la pâte, et la présence de biotite et de cristobalite-tridymite dans les vacuoles montre que le magma est désormais légèrement saturé à sursaturé en silice.

c) Doréites à biotite : la transition vers les benmoréites

Les doréites Do-b et Dp-b représentent les termes les plus évolués du groupe. L’olivine disparaît progressivement, puis totalement, remplacée par une association dominée par salite, biotite, plagioclase sodique et sanidine. La biotite devient une phase stable majeure, signe d’un magma riche en potassium et en volatils.

L’apparition systématique de cristobalite et de tridymite tardives atteste un léger excès de silice : ces roches sont légèrement sursaturées, ce qui les rapproche directement des benmoréites (sancyites). Les doréites constituent ainsi un chaînon évolutif essentiel entre mugéarites saturées et laves plus différenciées du Mont-Dore.

Conclusion : pourquoi les doréites sont importantes

Les doréites du Mont-Dore ne sont pas de simples variantes locales. Elles enregistrent :

Elles constituent ainsi un véritable fil conducteur pétrologique pour comprendre la dynamique magmatique et l’histoire volcanique du Mont-Dore.