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Comment se crée la sous-saturation en silice dans les magmas du Mont-Dore ?

1. Définition claire

Un magma est sous-saturé en silice lorsqu’il ne contient pas assez de SiO₂ pour cristalliser uniquement des feldspaths (plagioclase + feldspath alcalin).

Le déficit en SiO₂ est alors compensé par la cristallisation de feldspathoïdes :

La sous-saturation est donc un état chimique du liquide magmatique, pas une texture.

2. Ce que la sous-saturation n’est pas

Ce n’est pas :

C’est un héritage de la genèse et de l’évolution du magma.

3. Mécanismes principaux de création de la sous-saturation en silice

Il y a trois mécanismes majeurs, souvent combinés.

3.1. Faible degré de fusion partielle du manteau

Mécanisme

Plus le degré de fusion est faible, plus le magma est alcalin et sous-saturé.

C’est le mécanisme fondamental des séries alcalines intraplaques.

3.2. Pression élevée de fusion (absence du plagioclase)

À haute pression :

Résultat :

C’est un effet couplé au faible degré de fusion, pas indépendant.

3.3. Métasomatisme du manteau lithosphérique

Mécanisme

Le manteau devient :

Ce point est crucial pour le Mont-Dore.

4. Rôle de la différenciation magmatique

Contrairement à une idée répandue, la cristallisation fractionnée ne constitue pas un mécanisme générateur de la sous-saturation en silice. Le fractionnement précoce de l’olivine et du clinopyroxène retire principalement Mg, Fe et Ca du liquide magmatique, ce qui conduit à un enrichissement relatif du liquide résiduel en SiO₂. En l’absence d’autres contraintes, ce processus tend donc à faire évoluer le magma vers des compositions saturées, voire sur-saturées en silice.

Cependant, dans les magmas alcalins issus d’une source déjà enrichie en alcalins, la différenciation peut préserver l’état de sous-saturation initial. À pression modérée à élevée, et en présence de volatils, la cristallisation du plagioclase est retardée, ce qui limite la consommation précoce des alcalins. Le liquide évolue alors sans élimination significative de Na et K, conservant un rapport alcalins/silice élevé, hérité de la source mantellique.

La différenciation magmatique joue ainsi un rôle de révélateur et de modulateur de la sous-saturation, sans en être la cause première. Selon les conditions de pression, de teneur en eau et de composition initiale du magma, elle peut soit conduire à une transition vers des séries saturées en silice, soit permettre le maintien de magmas alcalins sous-saturés capables de cristalliser des feldspathoïdes.

5. Cas particulier des feldspathoïdes

Les feldspathoïdes ne sont pas la cause, mais la conséquence.

Exemple simplifié :

Le système « choisit » le minéral compatible avec le budget en silice.

6. Application directe au Mont-Dore

Dans le cas du Mont-Dore :

1. Fusion partielle faible et profonde

2. Manteau lithosphérique métasomatisé

3. Cristallisation fractionnée à pression modérée

D’où :

7. Phrase clé à retenir

La sous-saturation en silice est d’abord héritée de la source mantellique et des conditions de fusion ; la différenciation magmatique ne fait que l’exprimer minéralogiquement.

8. Saturé vs sous-saturé : une frontière très fine

Dans les séries alcalines, de très faibles variations de la composition de la source péridotitique (et de son métasomatisme) peuvent faire diverger le magma soit vers une série sous-saturée en silice (feldspathoïdes), soit vers une série juste saturée (feldspaths).

Et cette divergence se joue avant même la différenciation magmatique.

8.1. Pourquoi cette sensibilité extrême existe

Les magmas alcalins sont produits à très faible taux de fusion

Typiquement :

À ces taux :

C’est un effet de levier chimique.

8.2. Ce qui change réellement dans la source (et peu suffit)

des variations très faibles mais décisives

Il suffit de variations de l’ordre de :

Ces variations suffisent à modifier le rapport alcalins / silice du liquide.

8.3. Le rôle clé du métasomatisme mantellique

Dans le manteau lithosphérique :

Ces apports introduisent :

Une péridotite légèrement métasomatisée ≠ une péridotite très légèrement métasomatisée

liquides radicalement différents.

8.4. Concept clé

La frontière entre saturation et sous-saturation en silice est une limite chimique étroite, pas un continuum large.

Exemple schématique :

La différence peut être :

8.5. Pourquoi les séries alcalines sont plus sensibles que les subalcalines

Dans les séries subalcalines :

Il faut de grosses variations pour changer de série.

Dans les séries alcalines :

Très petites variations → grands effets pétrologiques.

8.6. Application directe au Mont-Dore

Le Mont-Dore :

Selon :

on peut produire :

Ce n’est pas contradictoire : c’est au contraire un signature intraplaque typique.

8.7. Phrase clé à retenir

Dans les séries alcalines intraplaques, produites par de faibles degrés de fusion d’un manteau lithosphérique métasomatisé, la limite entre magmas saturés et sous-saturés en silice est extrêmement sensible à de légères variations de composition de la source. Ces variations, bien que minimes dans la péridotite, sont fortement amplifiées dans les liquides magmatiques.

Dans le magmatisme alcalin, ce sont de très petites différences de source qui font basculer le système d’un monde à feldspaths vers un monde à feldspathoïdes.