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Sismicité du Cézallier et des Régions Limitrophes

Résumé

Cette étude synthétise la sismicité de la région du Cézallier, révélant une dynamique tectonique complexe malgré l'absence d'activité sismique propre au Cézallier même. La région se situe au carrefour de plusieurs directions tectoniques actives : une direction sub-méridienne, une direction NW-SE, et elle est limitée au sud-est par un axe sismique NE-SW. Les caractéristiques du champ de contrainte régional, avec une contrainte maximale orientée N.NW-S.SE, sont propices à la réouverture en tension des fractures sub-méridiennes.

L'analyse met en évidence des indices d'un bombement général du socle du Massif Central, particulièrement marqué à l'est du Sillon Houiller. Ce phénomène est vraisemblablement associé à une structure lithosphérique profondément perturbée, notamment un amincissement crustal et la présence d'un diapir mantellique sous l'Auvergne. Il en résulte deux niveaux de déformations actuelles distincts : des déformations profondes, liées à ces anomalies lithosphériques et générant des foyers sismiques dans la croûte inférieure, et des déformations plus superficielles, qui en sont la conséquence et sont associées à une sismicité plus locale.

1. Introduction

La présente analyse est une étude sommaire réalisée dans le cadre du programme "Géologie profonde de la France", qui prévoyait l'implantation d'un forage dans la région du Cézallier. L'objectif principal est de dresser un inventaire de la sismicité connue dans ce secteur et les régions avoisinantes afin d'en déduire des informations sur les structures tectoniques actives et les déformations actuelles.

L'étude s'appuie sur un ensemble de documents existants élaborés par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (B.R.G.M.), notamment le fichier informatisé de sismicité historique "SIRENE" et la carte sismotectonique de la France. L'analyse de la sismicité permet d'identifier les structures actives, de préciser la typologie des déformations et de déterminer les caractéristiques du champ de contraintes régional. Dans les régions à sismicité modérée comme celle-ci, où les séismes ne produisent que rarement des déformations de surface (généralement pour des magnitudes > 5.0), l'étude se concentre sur la corrélation entre la répartition des foyers sismiques et les accidents tectoniques majeurs.

2. Analyse de la sismicité

L'analyse de la sismicité s'appuie sur des données historiques couvrant cinq siècles et des données instrumentales des vingt dernières années (1962-1984).

2.1. Données de sismicité historique

Les données historiques, extraites du fichier SIRENE, couvrent une large zone incluant les Monts d'Auvergne, le Forez, le Livradois, le Cantal, l'Aubrac et le plateau de Millevaches.

Constat principal : Aucun épicentre de séisme historique n'a été localisé dans les Monts du Cézallier même. Cette absence pourrait être partiellement due à la très faible densité de population historique du secteur.

Cependant, plusieurs zones sismiques actives sont identifiées dans les environs immédiats :

En conclusion, bien que le Cézallier soit asismique, il est bordé par des zones d'activité bien individualisées. Deux alignements principaux se dessinent :

  1. Un alignement N.S à N.NE-S.SW : des Monts d'Auvergne et de la Limagne jusqu'à l'Aubrac.
  2. Un alignement NE-SW : de la vallée de la Dore à celle de l'Alagnon et Saint-Flour.

2.2. Données de Sismicité Instrumentale (1962-1984)

Les données instrumentales, collectées par le C.E.A. (1962-1976) et son Laboratoire de détection et de géophysique (L.D.G.) (1977-1984), confirment et précisent les observations historiques.

Foyers profonds : Une conclusion majeure de l'analyse instrumentale est la proportion anormalement élevée de foyers profonds. Sur les séismes localisés en profondeur, 23% ont un foyer à plus de 15 km. Ces foyers profonds ne sont pas répartis aléatoirement mais se situent majoritairement sous les édifices volcaniques les plus récents des Monts d'Auvergne (Sancy, Mont-Dore, Chaîne des Puys), dans la croûte inférieure.

3. Interprétation sismotectonique

La confrontation des données sismiques avec les structures géologiques révèle l'activité de plusieurs accidents tectoniques majeurs.

4. Structure profonde et anomalies lithosphériques

Les particularités sismiques de la région s'expliquent par une structure crustale et lithosphérique profondément anormale.

L'existence de foyers sismiques profonds, en particulier sous l'Auvergne, traduit l'existence de déformations liées à ces anomalies structurales majeures de la lithosphère. Le rejeu des fractures plus superficielles (sub-méridiennes et NW-SE) avec une sismicité propre ne serait que la conséquence de ces processus profonds.

5. Conclusions

Ce bilan de la sismicité et du contexte tectonique du Cézallier et de ses régions périphériques aboutit à plusieurs conclusions fondamentales :

  1. Le Cézallier ne présente pas d'activité sismique propre mais se situe dans le prolongement de directions tectoniques marquées par une activité non négligeable : sub-méridienne et NW-SE. Il est également limité au sud-est par un axe sismique NE-SW.
  2. Le champ de contrainte régional est propice à une réouverture en tension des fractures sub-méridiennes, ce qui explique l'activité observée le long de ces structures.
  3. Il existe de multiples indices d'un bombement général du socle du Massif Central, vraisemblablement associé à une structure lithosphérique très perturbée (diapir mantellique, amincissement crustal).
  4. Deux niveaux de déformations actuelles doivent être distingués :
    • Déformations profondes : liées aux anomalies de la structure lithosphérique et associées à des foyers sismiques dans la croûte inférieure.
    • Déformations superficielles : considérées comme la conséquence des premières, associées à une sismicité plus locale et diffuse.