(d'après la notice de la feuille de Bourg-Lastic, P. Tempier)
Le socle métamorphique et granitique constitue l’ossature profonde de la région. Il affleure largement dans toute la moitié ouest de la carte, ainsi que ponctuellement au fond des vallées entaillant le massif volcanique du Mont-Dore. Ces affleurements correspondent à des roches anciennes, profondément enfouies puis exhumées, qui enregistrent une histoire longue mêlant sédimentation, enfouissement, déformation tectonique, métamorphisme et intrusion magmatique.
La limite majeure de ce socle est marquée par le Sillon Houiller, grand accident tectonique varisque qui sépare deux domaines lithologiques et métamorphiques nettement contrastés. À l’est de cette structure, les roches sont fortement différenciées en faciès métamorphiques ; à l’ouest, elles présentent un aspect plus homogène.
Micaschistes alumineux $\xi^{1}$, micaschistes quartzeux $\xi^1_q$ et micaschistes intermédiaires $\xi^2$ sur la carte géologique
Les micaschistes dérivent de sédiments argileux et silteux déposés initialement dans un bassin ancien. Leur transformation en roches métamorphiques résulte d’un enfouissement progressif, accompagné d’une augmentation de la température et de la pression, puis d’une intense déformation tectonique lors de l’orogenèse hercynienne.
Le terme micaschiste reflète leur minéralogie dominante : muscovite et biotite, deux micas responsables de la schistosité marquée de la roche. Le quartz est toujours présent, mais souvent en grains fins engrenés, témoins d’une recristallisation solide.
À l’est du Sillon Houiller se développent des micaschistes alumineux, riches en aluminium, élément hérité des argiles initiales. Cette richesse chimique favorise l’apparition de minéraux index du métamorphisme, véritables marqueurs des conditions de pression et de température.
Ces roches sont intensément plissées, parfois à plusieurs générations de plis, ce qui traduit une déformation progressive et prolongée. Les minéraux métamorphiques sont souvent engagés dans la foliation, ce qui montre qu’ils ont cristallisé pendant la déformation, et non après.
Un phénomène remarquable est observé localement : des concentrations exceptionnelles de grenat, pouvant atteindre plusieurs centimètres, jusqu’à former de véritables grenatites. Ces accumulations traduisent des conditions chimiques et thermiques très favorables à la croissance cristalline.
L’étude des associations minérales révèle une organisation spatiale nette :
L’absence de feldspath potassique associé à la sillimanite montre que cette dernière ne résulte pas d’une réaction métamorphique classique, mais reflète directement le chimisme aluminifère des roches.
Certaines zones montrent l’apparition tardive d’andalousite, minéral typique de basse pression. Elle recoupe les plis et englobe les minéraux plus anciens, indiquant une reprise métamorphique postérieure, probablement liée à un allègement tectonique ou à une remontée crustale.
Cette phase tardive s’accompagne d’une rétromorphose :
La sillimanite, plus stable, résiste mieux à ces transformations, ce qui explique la coexistence fréquente sillimanite–chlorite.
Les micaschistes intermédiaires et quartzeux représentent des variations latérales de la sédimentation originelle :
Ces différences initiales expliquent les variations minéralogiques observées aujourd’hui. La transition parfois floue entre micaschistes et gneiss reflète cette continuité sédimentaire plutôt qu’une rupture métamorphique.
Les amphibolites correspondent à des roches mafiques (basaltes ou dolérites) intégrées dans la série sédimentaire, puis métamorphisées. Leur minéralogie dominée par hornblende et plagioclase traduit un métamorphisme de faciès amphibolite.
Leur rareté actuelle est probablement due à l’altération et à la couverture végétale, qui masquent ces niveaux étroits.
Amphibolite $\delta^{11}$ sur la carte géologique
Les orthogneiss sont des granites intrusifs anciens, profondément déformés et métamorphisés. Contrairement à une migmatisation secondaire, ils contiennent dès l’origine du feldspath potassique, confirmant leur origine magmatique.
Deux faciès sont distingués :
Leur géochimie homogène et alcaline, pauvre en calcium, confirme une genèse granitique primaire, antérieure aux grandes déformations varisques.
Orthogneiss ($\zeta$).
Vers le nord-ouest, les gneiss évoluent progressivement vers des migmatites, roches hybrides marquant la fusion partielle de la croûte.
Deux grands types coexistent :
Cette association traduit une anatexie hétérogène, contrôlée par la lithologie initiale et les conditions thermiques locales.
Migmatites du Chavanon
À l’ouest de la faille de Saint-Sauves affleurent plusieurs granites varisques, dont la disposition et les caractéristiques pétrographiques témoignent d’une histoire tectono-magmatique complexe, étroitement liée aux grandes structures héritées, en particulier le Sillon Houiller. Ces granites jouent un rôle majeur dans l’architecture crustale régionale et constituent un élément clé pour comprendre la circulation des fluides hydrothermaux.
Le Sillon Houiller est bordé, sur toute sa longueur, par une lame de granites de largeur variable, allant de quelques dizaines de mètres à près d’un kilomètre. Ce granite est à biotite, à grain moyen à grossier, et renferme fréquemment de gros cristaux trapus de feldspath potassique, comparables à ceux observés dans le granite de La Bourboule. Les plagioclases présentent une teinte vert-jaune caractéristique.
Contrairement à l’interprétation classique d’un granite fortement entraîné et intensément cisaillé sur plusieurs dizaines de kilomètres, les affleurements montrent un faible degré d’écrasement, une absence quasi totale de laminage et peu de structures de cisaillement marquées. Cette observation remet en cause l’hypothèse d’un transport tectonique long de la lame granitique et suggère une mise en place plus locale.
Localement, au contact occidental avec les gneiss, le granite passe à une zone claire, très schistosée, d’une largeur maximale de quelques dizaines de mètres. Cette zone transitoire évolue progressivement vers des gneiss fortement laminés et enrichis en feldspaths.
Cette succession — granite massif, zone claire laminée, gneiss feldspathisés — est interprétée comme le résultat de la mise en place d’un granite doté d’un faciès de bordure, accompagné d’un métamorphisme de contact affectant les roches encaissantes.
Le granite borde directement les sédiments houillers, dont il est séparé par des failles. Il se retrouve dans ces séries sous forme de galets, de blocs et d’arkoses, attestant d’une érosion rapide des reliefs granitiques.
L’absence de laminage, tant dans le granite en place que dans les galets détritiques, indique que les principaux mouvements de cisaillement étaient terminés au moment de la granitisation. La tectonique postérieure se limite essentiellement à une remontée tectonique, responsable de la mise à l’affleurement du granite et de la création de reliefs rapidement démantelés.
Le Stéphanien est interprété comme une période d’intense activité orogénique, succédant à la mise en place des granites entre le Dinantien et le Westphalien.
Les lames minces du granite montrent une association minéralogique dominée par le quartz, l’andésine (An ≈ 30), le feldspath potassique, la biotite et la chlorite.
La structure globale est faiblement cataclastique, indiquant une déformation modérée postérieure à la cristallisation.
La mise en place de la lame granitique s’est effectuée dans une zone déjà fracturée, favorable à l’intrusion magmatique. La déformation tectonique ne s’est pas interrompue après l’intrusion, puisque le granite et son encaissant montrent des indices de mylonitisation locale.
Deux interprétations principales coexistent :
Le granite de Gelles, caractérisé par la présence de mégacristaux de feldspaths alcalins, affleure largement plus au nord, sur la feuille de Pontgibaud. Dans le secteur étudié, il n’est représenté que par une languette étroite, située en bordure de l’appareil éruptif de Heume-l’Église.
Bien que peu étendu ici, ce granite s’inscrit dans le même contexte tectono-magmatique régional et participe à l’architecture crustale héritée qui conditionne la fracturation et, indirectement, la circulation des fluides hydrothermaux.
L’ensemble du socle raconte une histoire cohérente :
Ce socle constitue le socle structural et thermique sur lequel viendra s’édifier, bien plus tard, le volcanisme du Mont-Dore.