Difficultés liées à la nature du sous-sol en sismique marine
Les fonds marins, ou plus précisément les structures sous-marines, sont souvent étudiés en géophysique via la méthode sismique (sismique réflexion ou réfraction). Cette technique consiste à envoyer des ondes acoustiques (généralement générées par des canons à air ou des vibrateurs) dans le sous-sol, puis à enregistrer les échos réfléchis ou réfractés par les différentes couches géologiques à l'aide de capteurs (hydrophones en milieu marin).
Ces données permettent de créer des images 2D ou 3D des structures souterraines, utiles pour l'exploration pétrolière, gazière ou pour comprendre la géologie marine.
Cependant, lorsque ces fonds sous-marins contiennent des formations salifères (comme des dômes, des couches ou des diapirs de sel, souvent issus d'évaporites anciens), l'étude devient particulièrement difficile pour plusieurs raisons techniques et physiques.
- La propagation des ondes sismiques dépend fortement des propriétés physiques des roches traversées : densité, vitesse de propagation, porosité et homogénéité.
- Certaines formations géologiques provoquent une altération majeure du signal, rendant difficile l’imagerie des couches situées en dessous.
- C’est particulièrement vrai dans le cas des formations salifères.
1. Propriétés physiques du sel
- Le sel (principalement du halite, NaCl) a une vitesse de propagation des ondes sismiques très élevée, environ 4 500 à 5 000 m/s, comparée aux sédiments environnants (comme les argiles ou les sables, qui ont des vitesses de 1 500 à 3 500 m/s).
- Ce contraste provoque une forte réfraction des ondes : au lieu de se propager en ligne droite, les ondes se courbent fortement à l'interface sel-sédiment (selon la loi de Snell).
- Cela déforme les trajets des ondes, rendant difficile la reconstruction précise de l'image sous le sel (phénomène appelé "subsalt imaging").
- Résultat : Les zones sous les formations salifères sont mal "illuminées" par les ondes, avec des zones d'ombre ou des distorsions, comme si on essayait de voir à travers un verre déformant.
En résumé, les formations salifères (principalement halite, NaCl) se caractérisent par :
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Propriété | Valeur typique | Conséquence sismique |
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Densité | 2,1–2,2 g/cm³ | Faible contraste avec les sédiments |
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Vitesse des ondes P | 4 500 à 5 500 m/s | Très supérieure à celle des sédiments (2 000–3 000 m/s) |
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Atténuation | Faible | Transmission efficace des hautes fréquences |
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Impédance acoustique | 9,7 à 12,0 × 10⁶ kg/m²·s | Fort contraste avec les sédiments → réflexions franches au toit et à la base du sel |
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Plasticité | Élevée | Déformation ductile, géométrie complexe |
Ainsi, le sel se voit très bien sur les profils sismiques grâce à un contraste d’impédance marqué. Mais sa forte vitesse et sa géométrie complexe engendrent des distorsions dans le champ d’onde qui compliquent la lecture des structures sous-jacentes.
2. Déformation et structures associées: des géométries complexes
Les structures salifères ne sont pas des couches plates et uniformes ; elles forment souvent des dômes, des murs ou des diapirs instables qui se déforment sous la pression (halocinèse). Ces formes irrégulières causent une dispersion et une diffraction des ondes sismiques.
Les diapirs, coussins salifères et dômes de sel sont des structures typiques observées dans de nombreux bassins sédimentaires (Golfe du Mexique, Mer du Nord, offshore Angola, Méditerranée orientale…).
Ces structures se forment lorsque :
- des couches salines profondément enfouies (Trias ou Jurassique) remontent par fluage sous la pression des sédiments sus-jacents (halocinèse);
- elles plissent, fracturent et déplacent les sédiments environnants.
Conséquences :
- Fort contraste de vitesses entre le sel et les sédiments environnants ;
- Déviation et focalisation des rayons sismiques (effet de lentille) ;
- Multiples réflexions internes, interférences, dispersion et diffractions au sein du corps salifère ;
- Zones "ombres sismiques" sous les dômes : les couches situées sous le sel deviennent invisibles ou mal positionnées.
3. Problèmes d’imagerie sous le sel (*subsalt imaging*)
a. Difficulté principale :
- La vitesse très élevée du sel crée des réfractions fortes et détourne les ondes.
- Les algorithmes classiques (migration en temps) échouent à repositionner correctement les réflecteurs.
- Résultat : les couches sous le sel apparaissent déformées, dupliquées ou décalées.
b. Solutions techniques :
Pour surmonter ces obstacles, on utilise :
- la migration en profondeur (*depth migration*), calculée à partir d’un modèle de vitesses réaliste du sous-sol ;
- la sismique 3D à très haute densité de tir (multi-streamers) pour mieux contraindre les géométries complexes ;
- des modèles géologiques intégrés combinant données sismiques, gravimétriques et de puits ;
- la sismique "broadband" (large bande de fréquences) et les sources multiples pour améliorer la résolution verticale.
4. Autres environnements difficiles
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Type de formation | Effet sur la propagation | Difficulté principale |
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Basalte (plateaux volcaniques) | Très forte vitesse, absorption élevée | Masque les couches profondes (zones d’ombre) |
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Carbonates massifs | Hétérogènes, fractures et cavités | Multiples réflexions diffuses |
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Sédiments gazeux | Forte atténuation, vitesses très faibles | Réflexions chaotiques, perte de signal | |
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Argiles surpressées | Vitesse variable, plasticité | Distorsion des fronts d’onde |
5. Exemple : Golfe du Mexique
- Présence de dômes de sel géants atteignant plusieurs kilomètres d’épaisseur.
- La zone sous-salifère est riche en hydrocarbures, mais extrêmement complexe à imager.
- Les firmes comme CGG, PGS, WesternGeco ont investi des centaines de millions de dollars dans des programmes 3D et 4D dédiés à cette région.
- Les progrès récents en modélisation de vitesses et calculs en profondeur (Full Waveform Inversion, FWI) ont permis une imagerie sub-salifère fiable, ouvrant l’accès à de nouveaux gisements profonds.
En résumé
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Facteur | Effet sur la sismique | Solution |
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Contraste de vitesse du sel | Réfraction, déviation des ondes | Migration en profondeur |
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Plasticité et géométrie complexe | Distorsion des réflecteurs | Modélisation 3D détaillée |
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Multiples réflexions internes | Bruit et artéfacts | Traitement avancé du signal |
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Zones d’ombre sous-salifères | Imagerie impossible localement | Sismique multi-azimuts, large bande |