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Les Granulats en France (Situation 1993)

Résumé

Ce document du BRGM (1993) analyse l'industrie des granulats en France, en se basant sur la situation économique, technique et réglementaire de 1993. Les granulats, définis par la norme NFP 18-101 comme un ensemble de grains minéraux de 0 à 80 mm, constituent la ressource la plus consommée après l'eau. Les granulats sont un pilier des secteurs du Bâtiment et des Travaux Publics.

En 1992, la France a produit 370 millions de tonnes (Mt) de granulats, représentant environ 80 % du tonnage total des matériaux de carrière. Bien que les ressources soient globalement abondantes, certaines régions font face à des difficultés d'approvisionnement croissantes dues à l'épuisement des gisements, au renforcement des contraintes environnementales et au gel de certaines réserves. Sur le plan économique, la France reste exportatrice nette, avec 15,2 Mt exportées contre 10,3 Mt importées en 1992.

La production nationale se répartit entre les matériaux alluvionnaires (53 %), les roches calcaires (22 %) et les roches éruptives (25 %). Une tendance de fond observe une diminution progressive de la part des granulats alluvionnaires au profit des matériaux de roches massives concassées. En parallèle, l'intérêt pour les matériaux de substitution, tels que les produits de recyclage (démolition), les sous-produits industriels (laitiers, cendres volantes) et les granulats marins, est en pleine expansion.

La consommation de granulats en 1992 s'élevait à 377 Mt, répartie entre le Génie Civil (77 %) et le Bâtiment (23 %). L'industrie, composée d'environ 3 600 entreprises, est caractérisée par une forte productivité et une structure dominée par les PME, bien qu'un mouvement de concentration soit en cours.

Le cadre réglementaire a été profondément modifié par la loi du 4 janvier 1993, qui soumet désormais les carrières au régime des installations classées pour la protection de l'environnement. Cette loi institue également des garanties financières obligatoires pour le réaménagement des sites et la création de schémas départementaux des carrières, visant à planifier l'implantation des exploitations de manière concertée et durable.

1. Définition et classification des granulats

Les granulats sont des matériaux minéraux inertes fondamentaux dans la construction. Leur classification repose sur plusieurs critères techniques et géologiques.

1.1. Définition normative

Selon la norme NFP 18-101, un granulat est un "ensemble de grains minéraux (inertes) de dimensions comprises entre 0 et 80 mm destinés notamment à la confection des mortiers, des bétons, des couches de fondations de base et de roulement des chaussées et des voies ferrées".

1.2. Critères de classification

Les granulats sont classés selon quatre principaux critères :

CritèreCatégoriesDescription
Granularité Fines, Sables, Gravillons, Cailloux, Graves, Enrochements Classification selon la distribution dimensionnelle des grains, de moins de 0,08 mm (fines) à plus de 80 mm.
Densité Légers, Courants, Lourds Basée sur la masse volumique réelle du grain : < 2 g/cm³ (légers), entre 2 et 3 g/cm³ (courants), > 3 g/cm³ (lourds).
Origine Naturels, Artificiels Les granulats naturels n'ont subi qu'une transformation mécanique (concassage, criblage). Les produits artificiels résultent d'autres processus (ex: argile expansée).
Nature Géologique Formations détritiques meubles, Formations de roches massives Distinction fondamentale basée sur la nature du gisement d'origine, influençant les méthodes d'extraction et de traitement.

2. Géologie et typologie des gisements

La France possède une diversité géologique offrant un large éventail de ressources en granulats. Les gisements se répartissent en deux grandes familles.

2.1. Formations détritiques meubles

Ces gisements, principalement d'âge quaternaire, constituent la principale source d'approvisionnement (53 % en 1992), bien qu'en déclin. Ils ne nécessitent généralement qu'un traitement simple (lavage, criblage).

2.2. Formations de roches massives

Ces gisements fournissent des matériaux concassés et représentent une part croissante de la production.

2.3. Critères géologiques d'exploitabilité

La viabilité d'un gisement dépend de critères géologiques, techniques et économiques.

3. Utilisations et spécifications techniques

Les granulats sont omniprésents dans la construction, chaque usage répondant à des spécifications précises définies par des normes et des cahiers des charges.

3.1. Domaines d'utilisation

DomaineDescriptionConsommation type
Bétons hydrauliques Constituent le squelette du béton (environ 85 % du mélange). Utilisation de sables et de graviers. 1,9 t / m³ de béton
Mortiers Principalement des sables de granularité fine. 1,6 t / m³ de mortier
Viabilité (Routes) Utilisés dans toutes les couches de chaussée (fondation, base, roulement), traités ou non avec des liants. 30 000 t / km d'autoroute
Ballast (Voies ferrées) Granulats de roches massives très résistantes, non traités, pour l'assise des voies. 16 000 t / km de double voie

3.2. Essais et spécifications clés

La qualité des granulats est évaluée par une série d'essais normalisés. Les normes fondamentales sont la NF P 18-301 (bétons hydrauliques) et la NF P 18-321 (travaux routiers).

CatégorieLAMDE
A ≤ 15 ≤ 10
B ≤ 20 ≤ 15
C ≤ 25 ≤ 20
D ≤ 30 ≤ 25
E ≤ 40 ≤ 35

4. Données économiques (Situation 1992-1993)

L'industrie des granulats est un secteur économique majeur, fortement lié à la conjoncture du BTP, avec des dynamiques régionales et commerciales spécifiques.

4.1. Production et marché

4.2. Structure de la profession

SociétéGroupeProduction 1992 (Mt)
REDLAND GRANULATS (radié) REDLAND (UK) 40
CIE DES SABLIERES DE LA SEINE (CSS) LAFARGE COPPEE 29
ARENA SABLIERES MODERNES (GSM) 28
ORSA GRANULATS ORIGNY HOLDERBANK (Suisse) 13
CEDEST CGP 7,7

4.3. Consommation

4.4. Commerce extérieur

5. Matériaux de substitution

Face aux contraintes sur les gisements traditionnels, la valorisation de matériaux alternatifs est une tendance forte.

6. Cadre juridique et réglementaire

La réglementation des carrières a connu une évolution majeure, marquant un durcissement des conditions d'exploitation pour mieux intégrer les préoccupations environnementales.

6.1. Situation antérieure

Avant 1993, la législation a progressivement évolué d'un régime de simple déclaration à un régime d'autorisation préalable (loi de 1970). Plusieurs lois clés ont renforcé les contraintes :

6.2. La Loi du 4 Janvier 1993 ("Loi Saurnade")

Cette loi constitue une réforme fondamentale de la gestion des carrières en France. Ses points principaux sont :

  1. Intégration au régime des installations classées : les carrières ne relèvent plus du Code minier mais de la loi du 19 juillet 1976 sur les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE). Toutes les exploitations sont soumises à autorisation, avec étude d'impact et enquête publique.
  2. Garanties financières obligatoires : les exploitants doivent constituer des garanties financières pour assurer la surveillance, la sécurisation et la remise en état du site après la fin de l'exploitation. Cette obligation est étendue aux carrières existantes avec un délai de mise en conformité de cinq ans.
  3. Création des Schémas Départementaux des Carrières : ces schémas, élaborés par la commission départementale des carrières, visent à définir les conditions générales d'implantation des exploitations. Ils doivent concilier les besoins en matériaux, la protection des paysages et de l'environnement, et une gestion équilibrée de l'espace. Les autorisations d'exploitation doivent être compatibles avec le schéma départemental.
  4. Rôle des Commissions Départementales des Carrières : ces commissions, composées de représentants de l'État, des collectivités, des professionnels et des associations, émettent un avis sur les demandes d'autorisation et élaborent le schéma départemental.