L'éboulement du Val Pola du 28 juillet 1987
L'éboulement du Val Pola est un événement majeur survenu dans les Alpes rhétiques italiennes, en Haute-Valteline, qui a gravement affecté les communes de Sondalo et Valdisotto. Il s'est produit "au terme d'une succession de péripéties naturelles caractérisées principalement par des crues et laves torrentielles exceptionnelles."
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Localisation
L'éboulement de Val Pola en juillet 1987 (27 morts dans le village d'Aquilone en Italie). Il s'est produit sur le versant est du Mont Zandila, massif très fracturé, composé de roches cristallines (gabbro, quartzite, gneiss et diorite). Par ailleurs, juillet 1987 avait été un mois très pluvieux dans la région. Une masse rocheuse s'est détaché à 2250 m d'altitude et glisse dans le fond de la vallée comme une véritable avalanche aérosol. Après une dénivellation de 1200 m, la masse chaotique remonte sur le versant opposé. Le volume de la masse déplacée est de 30 à 40 millions de m$^3$. La masse est ensuite retombée dans un petit lac, causé récemment par l'obstruction dans la vallée des débris accumulés par les inondations. Cela a créé une vague de 15 m de hauteur de boue très liquide, à une vitesse de 120 km/h.
Contexte géographique et historique
L'éboulement, parti du flanc oriental du Mont-Zandila, a obstrué la vallée de l'Adda, créant un nouveau lac. Cet événement a des similitudes avec l'éboulement de Sernio en 1807, où des pluies exceptionnelles avaient également provoqué un blocage de l'Adda, suivi d'une rupture de barrage et d'inondations dévastatrices.
La vallée de l'Adda obstruée par l'éboulement de Val Pola
Coupe de l'éboulement
Géologie du site
La zone de la catastrophe est caractérisée par un resserrement de la vallée glaciaire de l'Adda, recouverte d'épais dépôts morainiques et alluvionnaires. Tectoniquement, la Haute-Valteline est rattachée au socle cristallin de l'Austroalpin supérieur. Les roches principales de la zone d'écroulement sont des "gabbros dits de Sondalo" (90%), caractérisés par une "forte degré de fissuration et d'altération".
Fiche technique de l'éboulement
- Pente générale : Environ 32°
- Altitude de la zone écroulée : Entre 1750 et 2250 m
- Superficie : 931 200 m²
- Épaisseur maximale : 120 m
- Matériau : Plus de 90% de gabbros, principalement de la taille du dm³
- Volume total éboulé : Estimé entre 31-32 millions de m³ (CANCELLI, 1988) et 40 millions de m³ (HUBER, 1992)
- Vitesse maximale des blocs : Estimée à 100 m/s (360 km/h)
- Vague boueuse : Hauteur initiale de 95 m, encore 10-20 m après 1,3 km vers l'amont, vitesse avoisinant les 100 km/h.
Carte de l'éboulement et de la lave torrentielle qui est remonté 2.8 km vers l'amont
Avant la catastrophe
Après la catastrophe
Vue vers l'aval
Succession des événements (juin-juillet 1987)
L'éboulement a été le point culminant d'une série d'événements :
- Juin 1987 : Fortes précipitations (environ 150 mm) provoquant une pré-mobilisation des sédiments.
- Début juillet 1987 : Bassin versant de l'Adda partiellement saturé.
- 17-20 juillet 1987 : Précipitations exceptionnelles (plus de 150 mm en 3 jours), événement météorologique de récurrence centennale.
- 18-19 juillet : Crues graves dans toute la Valteline, laves torrentielles du Val Pola obstruant la vallée principale et créant un barrage.
- 25 juillet : Mouvement du flanc oriental du Mt-Zandila, apparition d'une crevasse semi-circulaire à 2250 m.
- 25-27 juillet : Augmentation de la fréquence des chutes de blocs, évacuation des villages.
- 28 juillet à 07h23 : Éboulement massif, destruction instantanée de Morignone. L'avalanche de roche a remonté de 300 m sur la rive opposée et s'est étendue sur 1,6 km en aval. La vague de boue générée dans le lac a remonté la vallée sur 2,8 km, détruisant Poz, San Antonio et Tirindre, et tuant "27 personnes" à Aquilone.
- Un nouveau lac, le Lago di Val Pola, s'est formé, atteignant 80 ha de superficie et 24 m de profondeur (20 millions de m³) à la mi-août 1987. Des travaux de vidange artificielle ont été mis en place pour réduire le risque de rupture du barrage.
Causes de l'éboulement
Trois causes naturelles sont identifiées, excluant toute origine anthropogène :
- 1. Présence d'une paléostructure instable : Siège d'anciens glissements rocheux préhistoriques, visible sur les cartes topographiques. L'état de fracturation du massif est la "cause originelle majeure".
- 2. Pluviosité régionale supérieure à la moyenne : En juin et juillet 1987.
- 3. Pluviosité exceptionnelle du 17 au 20 juillet 1987 : Agissant comme facteur déclenchant, saturant les discontinuités (fissures, plans de schistosité) et générant une "importante pression hydraulique" qui a activé la paléostructure.
3.6 Mécanisme du phénomène
Faute d'étude structurale et géomécanique initiale du site, le CRSFA propose le scénario suivant :
- Saturation généralisée des sols et roches de la Haute-Valteline après le 17 juillet.
- Érosion profonde du soubassement rocheux par les laves torrentielles du Val Pola (18-19 juillet) au droit d'une niche de décrochement préexistante. Cela a "libéré le mouvement sur le plan de glissement P1 orienté au Nord".
- L'agencement structural, conjugué à l'état géomécanique et hydrogéologique de la roche, a favorisé le glissement/écroulement subséquent de la masse selon un "plan P2 plongeant de 40° vers l'ENE", orientant la direction préférentielle vers Morignone.
- La remontée des matériaux à 2,8 km en amont est expliquée par la "notion d'aquaplaning sur le miroir lacustre", favorisée par la granulométrie du matériau.
Contrairement à l'éboulement de Randa, de type séquentiel, celui du Val Pola s'est déroulé "en un laps de temps très court produisant par là une vague catastrophique dont les conséquences furent tragiques."
Surveillance de la zone du Mt-Zandila
La paléostructure du Mt-Zandila "n'a semble-t-il jamais été considérée comme une zone particulièrement exposée à un risque majeur". Malgré une activité ancienne (éboulement de Sernio, août 1834, et chutes de blocs au printemps), des rapports de 1985-1987 n'ont pas conclu à un danger nécessitant un système de surveillance. Un contrôle visuel et auditif a été mis en place juste avant la phase paroxystique. L'altitude élevée (2250 m) et les "conditions météorologiques exécrables" ont rendu difficile l'installation d'un contrôle extensométrique "in situ". Après la catastrophe, "un système automatique de surveillance géodésique et sismique fut mis en place."
Leçons à tirer pour l'avenir
L'éboulement du Val Pola, avec plus de "30 millions de m³", est classé parmi les grands éboulements alpins et est "riche d'expériences".
Les auteurs soulignent la nécessité de :
- Réaliser "rapidement" une "étude structurale et géomécanique du site" pour établir les causes exactes de l'éboulement et vérifier le scénario proposé.
- Étendre cette étude à toute la rive droite de la vallée de Bormio jusqu'à Tirano et au-delà, car si le contexte géologique est similaire à celui du Mt-Zandila, il est probable que d'autres structures instables existent. Cela implique qu'un "nouvel éboulement [pourrait] se produire" lors de la prochaine intempérie importante.
Sources: